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Habib Kazdaghli docteur Honoris Causa de l'Université de Nanterre


Allocution du doyen Habib Kazdaghli, suite à la réception du titre de docteur honoris causa

Monsieur Jean Fraçois Balaudé président de l’Université de Nanterre,
Messieurs les membres des différentes instances de recherche, d’enseignement sans oublier le personnel administratif de l’honorable université de Nanterre.
Merci chère Collègue et parraine Florence Bellivier pour votre exposé des motifs justifiant l’octroi de ce prix prestigieux à ma modeste personne.

Chers collègues, chers étudiants, chers invités, chers amis français, tunisiens, venus nombreux partager avec moi mon émotion et ma fierté de recevoir cette prestigieuse distinction.

 Je remercie les collègues qui ont proposé ma candidature, je remercie le comité de sélection qui a retenu mon nom pour me permettre de participer, d’une part à cette cérémonie de clôture des festivités du cinquantenaire  de  cette illustre université et d’autre part  pour être honoré en compagnie  de personnalités de renommée mondiale.

  Ma considération va à tous les membres du comité de sélection et aux éminents corécipiendaires du doctorat Honoris Causa que j’ai commencé à connaitre depuis hier : Elisabeth Jelin (d’Argentine) et Eduardo de Castro (du Brésil). Mais permettez-moi d’insister pour des raisons subjectives, sur les deux autres personnalités aussi illustres qu’Angela Davis et Daniel Cohn-Bendit dont les noms remuent en moi, tant de souvenirs, me font revivre tant d’émotions et dont les luttes ont suscité tant d’espoirs.

 Angela Davis, Daniel Cohn-Bendit, vos noms se trouvent  associés dans mon imaginaire et dans  celui de ma génération à la lutte pour l’égalité, pour la justice, pour la liberté et votre action a  aidé notre génération à surmonter les difficultés du combat que nous avons mené à l’Université, d’abord comme étudiants, ensuite en tant qu’enseignants parce que nous vous avons considéré, à l’époque, comme des baliseurs, en raison de votre engagement militant en faveur des  questions académiques, du renouvellement du savoir et de la transformation  de la société .


Mes dames, Messieurs,

 C’est la Tunisie du savoir qui se trouve honoré à travers le modeste récipiendaire de ce doctorat que vous avez jugé digne de mériter votre éminente distinction. C’est cette   Tunisie qui a misé sur l’éducation, l’acquisition des connaissances et des savoir-faire  qui est  récompensée aujourd’hui. C’est cette Tunisie qui a su, depuis le milieu  XIXème s’engager dans la voie de reformes, mettre en place des institutions phares ouvrant sur la modernité qui est célébré. Le Collège Sadiki, prestigieuse école fondée par Kheireddine en 1875, constitue l’un de ces  fleurons.  Il était  le vivier des militants nationalistes et communistes qui avaient dirigé la lutte anti-coloniale, c’est là aussi que  la première République a sélectionné l’élite dirigeante de la Tunisie indépendante, fondatrice de l’Etat moderne et où elle a   choisi ses plus hautes compétences, formées dans les universités françaises après un parcours sadikien des plus performants. Ce collège a été le précurseur et l’emblème d’une école tunisienne qui a eu, dans le sillage du modèle sadikien, le mérite d’assurer un enseignement moderne bilingue et biculturel, où la langue et la culture françaises ont joué un rôle important, où l’ouverture à d’autres langues, d’autres cultures et d’autres civilisations n’était pas une vue de l’esprit.

    L’autre phare est sans conteste l’Université tunisienne, fondée à l’orée de l’indépendance. Imprégnées  du respect des valeurs éthiques, de la liberté d’enseignement et de recherche et des valeurs d’ouverture et  d’échange  inculquées par les pères fondateurs et leurs disciples, les générations d’enseignants et de chercheurs, qui ont repris le flambeau, les ont développées et défendues avec acharnement chaque fois qu’elles avaient été menacées par le pouvoir politique, chaque fois que des restrictions aux libertés académiques avaient émaillé l’histoire de l’université tunisienne et lorsque la démocratisation des instances universitaires était freinée par un pouvoir soucieux de contrôler l’université par des nominations partisanes ou par des affectations de personnalités ayant fait allégeance. Cerise sur le gâteau : de nombreux étudiants et enseignants chercheurs de cette université  se sont  engagés, soit par leurs écrits, leur action syndicale ou politique,  dans les luttes pour l’avènement de la démocratie. Je suis fier, d’avoir participé modestement en tant qu’étudiant et en tant qu’enseignant à ce long combat.

Mesdames et messieurs,

  Elève et ensuite étudiant, issu d’un milieu modeste, j’ai ai eu le bonheur d’avoir été formé par   cette école de la République tunisienne qui a diffusé chez les jeunes Tunisiens, les valeurs de la modernité, de la démocratie, les principes de l’attachement aux libertés fondamentales, aux valeurs académiques et aux droits de l’homme et qui leur a fait prendre conscience de leur universalité et de l’incohérence entre les actes et les valeurs prônées,  du fossé entre le peuple et son gouvernement, entre les aspirations démocratiques et la pratique politique despotique.

  J’ai eu la chance d’avoir été sur les bancs de  cette école qui a constitué, pour de nombreux lycéens et étudiants, des décennies durant, un facteur d’ascension sociale, qui leur a inculqué la lutte pour l’égalité des chances, la défense de la méritocratie et de la démocratie et qui a constitué, pour le pays, un moteur du développement culturel, économique et social et un pont vers l’Universel.  Né en 1955, à la veille de l’indépendance, je ne peux que rendre un grand hommage à cette école et à son fondateur, Habib Bourguiba, grand visionnaire devant l’éternel, dont le grand œuvre, la fondation d’institutions scolaires et d’une université modernes, pousse la postérité à l’indulgence au sujet de son despotisme éclairé.

Je suis non seulement redevable à cette école et à cette université, dans lesquelles j’ai effectué tout mon cursus scolaire et universitaire,   de la totalité des diplômes que mes maîtres m’ont décerné, de la qualité de la formation qui m’a été dispensée dans leurs enceintes et de mon ascension sociale mais aussi du respect de la différence, de l’esprit de tolérance et du courage de penser qui m’y ont été inculqués. J’ai appris à y savourer les chefs-d’œuvre de la littérature arabe ainsi que les fleurons de la littérature française. La langue française m’a également permis de m’enrichir des apports de la philosophie des Lumières françaises et de la philosophie universelle, des subtilités de la culture et de la civilisation françaises et m’a fait connaître l’histoire de l’humanité, les cultures et les civilisations du monde. C’est dire combien ma dette est grande envers la langue et la culture françaises.

Elève et étudiant, c’est à cette formation et à cet esprit que je dois ma passion pour les recherches sur l’histoire du mouvement ouvrier et communiste, sur l’histoire des femmes, sur l’histoire des minorités et des communautés de Tunisie et ma détermination à les faire aboutir en dépit de l’hostilité des fanatiques de tous bords, obstinés dans la défense d’une vision figée et sclérosée de l’identité et catégoriquement opposés à la liberté d’enseignement et de recherche.

Enseignant à l’Université, fortement imprégné de cette image de l’universitaire engagé dans la défense des libertés, léguée par les prédécesseurs, j’ai, avec mes collègues à la Faculté des Lettres, des arts et des humanités de la Manouba et avec d’autres universitaires et syndicalistes encadrés par la Fédération générale de l’enseignement supérieur, défendu avec beaucoup d’âpreté les valeurs académiques, l’autonomie de l’université et la nécessité de la généralisation du principe de l’élection de toutes les structures de gestion universitaire. Au contact des collègues français, avec lesquels j’ai coopéré, à la faveur de projets de recherches communs, s’est ancrée en moi la conviction, issue de ma formation, de l’influence de mes maîtres et du contexte tunisien, que le savoir ne pouvait se transmettre que dans des espaces débarrassés de toute velléité d’hégémonie du politique, de l’idéologique ou du religieux.

  Votre éminente distinction honore également la Tunisie des Lumières qui combat vigoureusement l’obscurantisme et l’extrémisme et qui milite depuis la Révolution de 2011 pour l’avènement d’une république civile et démocratique. Vous n’êtes pas sans savoir qu’à la suite de la Révolution, dans ce qui a été convenu d’appeler dans notre Faculté « l’affaire ou la crise du niqab », des extrémistes religieux ont transgressé  les règles académiques,  qui exigent une communication à visage découvert entre les enseignants et les étudiants et ont tenté de soumettre ces  normes à leurs croyances religieuses en usant de la violence pour imposer le port du niqab. Ils ont violemment contesté l’enseignement dispensé jugé non conforme à une doxa religieuse supposée être partagée par tous. Ils ont poussé   le cynisme jusqu’à monter de toutes pièces « le procès de la gifle imaginaire » pour me punir d’avoir défendu avec mes collègues le savoir, l’Université et les libertés académiques. Durant la même période, dans la sphère politique, ces extrémistes ont milité pour l’asservissement du politique au religieux, de la législation à la chariaa. Leurs violations et violences, relatées par mon collègue et ami Habib Mellakh, dans ses  Chroniques du Manoubistan  ont suscité une résistance héroïque, immortalisée dans ces chroniques : résistance des enseignants encadrés par leur syndicat et soutenu par la grande centrale UGTT, résistance des étudiants, des employés, des ouvriers de l’institution appuyés par la société civile, à qui je dédie ce doctorat et les universitaires du monde entier et particulièrement les universitaires français, italiens, Allemands  et belges.  Je rends à ces derniers un vibrant hommage pour avoir concrétisé la solidarité internationale nécessaire pour la défense des libertés fondamentales.
Mesdames et messieurs,

    Je ne peux m’empêcher, en recevant ce titre honorifique , d’avoir une pensée émue pour ceux qui ont payé de leur vie cette bataille pour les libertés, ceux qui sont tombés à la suite  de lâches assassinats devant leur maison et en plein jour, une pensée particulière pour mon avocat Chokri Belaid, une pensée pour le  député Mohamed Brahmi, pour les  soldats, et les agents de l’ordre qui défendent le territoire tunisien et qui ont permis des avancées dans la difficulté et dans la douleur, la validation d’une constitution progressiste et consensuelle  le 27 janvier 2014, la  mise en place d’un gouvernement de technocrates pour faire aboutir une transition, par moments  dangereuse, suscitant des craintes  et des doutes , avec pour épilogue, l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.

  Il me plaît de voir dans l’organisation, non préméditée,  de cette cérémonie d’attribution du doctorat Honoris Causa,  juste avant le second tour de l’élection présidentielle en Tunisie prévue le 21 décembre prochain, un signe de bon augure pour un dénouement heureux de la période de transition avec l’avènement d’une république civile et démocratique soucieuse de la préservation et du renforcement des libertés fondamentales, des libertés académiques et du projet moderniste tunisien.

  En ce qui me concerne, cette haute distinction me conforte dans ma détermination à œuvrer, en tant qu’intellectuel engagé, en tant que doyen et surtout en tant que citoyen pour le renforcement des libertés académiques et du rôle d’avant-garde joué par l’école et l’Université de la République.

Paris le 11 décembre 2014
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Honoris causa Habib Kazdaghli
11 décembre 2014, Paris Ouest Nanterre
2014 aura étéune année riche en célébrations : celle du cinquantenaire de notre Université mais aussi celle du centenaire dudébut de la guerre de 14. Or les deux convergent vers la cérémonie d’aujourd’hui puisque d’après un auteur[1], la France aurait importé la tradition américaine des docteurs honoris causa, datant de la fin du XVIIIème siècle dans les circonstances suivantes.  Quand en 1917, le congrès américain engagea les EU dans la guerre, la France envoya outre-Atlantique une mission conduite par le garde des sceaux et par le maréchal Joffre. La délégation française fut reçue avec enthousiasme : le grade de docteur fut alors conféré à certain de ses membres. La France reprit l’idée et créa le grade en 1918 pour services éminents rendus par des étrangers aux sciences, aux lettres ou aux arts et c’est Wilson qui le reçut en premier.

Aujourd’hui, c’est à un homme de paix que notre Université attribue le grade de docteur honoris causa,  Habib Kazdaghli, pris dans une autre tourmente que la guerre, celle qui a suivi la révolution tunisienne qui a débuté voici quatre ans presque jour pour jour.
Et je me sens à mon tour très honorée d’avoir été choisie, par l’intermédiaire de Madame Deysine, que je remercie,  pour prononcer son éloge et être ainsi sa marraine même si, me concernant, cette posture est étrange.Car si une marraine ou un parrain est une figure tutélaire, alors c’est bien plutôt le professeur Kazdaghli qui en serait une pour moi, tant dans ses fonctions administratives à l’Université que dans sa carrière de professeur et de militant des droits de l’homme et surtout, dans la façon dont il noue indéfectiblement toutes ces dimensions de la vie sociale et professionnelle. De façon discrète, patiente et acharnée, Monsieur Kazdaghli démontre de façon emblématique que lorsque le chercheur décidede se tenir dans sa tour d’ivoire, sous couvert de neutralité axiologique et autres principes fades, c’est la politique qui de toute façon le rattrape.
Et pourtant, Habib Kazdaghli était d’une certaine façon prêt à ce qui lui est arrivé en mars 2012 et qui allait bouleverser son existence. Né en 1955 à Hammamet, prénommé d’après le père de la Nation Bourguiba(Habib, ce magnifique prénom arabe qui, le hasard fait joliment les choses, était aussi celui de mon arrière-grand-père égyptien, Habib Bahari, dont je porte aujourd’hui la bague), notre invité a une sorte de parcours exemplaire d’enfant puis d’étudiant de la République laïque naissante :  baccalauréat Lettres, Tunis, 1974 ; maîtrise, DEA, doctorat en histoire à l’Université de Tunis puis habilitation Universitaire en Histoire, Université de Tunis, juin 1999. Très tôt, il milite au parti communiste dont il fera aussi un objet de recherche ; la dictature de Ben Ali lui offre malheureusement, pendant des décennies, l’occasion de se battre en faveur de la reconnaissance des  droits de l’homme dans son pays. En tant que secrétaire générale adjointe de la FIDH (fédération internationale des ligues des droits de l’homme), j’ai interrogé Souhayr Belhassen, journaliste et présidente d’honneur de la FIDH, et Sophie Bessis, historienne et secrétaire générale adjointe de la Fédération, qui, très heureuses de la décision prise par notre Université d’honorer M. Kazdaghli, ont témoigné de son engagement aussi modeste que discret.
Et pourtant, de sa discrétion, celui, qui depuis juillet 2011, est doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba à Tunis (la FLAHM, une fois n’est pas coutume, voilà un acronyme significatif), va devoir sortir et brutalement.
En novembre 2011, des sit-inneurs appartenant à la mouvance salafiste et réclamant le droit au port du niqab pendant les cours et les examens occupent la faculté, provoquant arrêt des cours et report d’examens. Un conseil de discipline de la faculté se réunit et décide, le 2 mars 2012, de prendre des sanctions à l’encontre d’étudiantes allant jusqu’à un an d’expulsion de l’université, pour avoir incité au non-respect du règlement intérieur et empêché la tenue de cours et d’examens.
En signe de protestation, deux étudiantes portant le niqab pénètrent, le 6 mars 2012, dans le bureau du doyen, qu’elles bousculent, dispersent ses documents et dossiers, détériorent ou tentent de détruire certains d’entre eux. Habib Kazdaghli quitte son bureau, laissant les deux étudiantes, pour aller porter plainte auprès du district de la garde nationale à la Manouba. Les plaignantes et des étudiants sit-inneurs accusent à leur tour le doyen d’avoir bousculé une des deux étudiantes et giflé la seconde. S’ensuit une procédure judiciaire longue en raison de nombreux reports et mouvementée du fait de son enjeu au temps de la Révolution. Fait notable, de nombreux observateurs internationaux vinrent au soutien du doyen et comme sa fille me le confiait hier, cette forte mobilisation interne et internationale leur a fait à tous chaud au cœur. A l’occasion de l’une des audiences (25 octobre 2012), Souhayr Belhassen, alors présidente de la FIDH qui avait envoyé une mission d’observation, avait ainsi déclaré : "Il est pour nous essentiel d’observer ce procès qui est emblématique des tensions grandissantes liées à la question de la laïcité, de l’accès à l’éducation et des libertés académiques en Tunisie".
Alors même que le doyen encourait jusqu’à 5 ans de prison pour « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions", il fut acquitté en première instance (les deux étudiantes étant, elles, condamnées à deux mois de prison avec sursis pour atteinte aux biens d’autrui et préjudice porté à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions) mais aussi en appel,  Notons-le, c’est le parquet qui a interjeté appel contre le premier acquittement, décision à l’évidence teintée de stratégie politique. 
Cette affaire dont le doyen n’est pas ressorti indemne puisqu’il est toujours sous menaces de mort et est nuit et jour accompagné de deux gardes du corps, est emblématique, en Tunisie, du combat des modernes et traditionnalistes qui a culminé au moment des discussions entourant l’adoption de la Constitution du 26 janvier 2014. Mais de ce côté-ci de la Méditerranée, il trouve bien sûr un écho dans nos débats sur les contours de la laïcité, sur la liberté d’expression,  lesquels, pour se poser dans des termes différents, ne sont pas toujours plus sereins. Cette saga judiciaire ayant pris une université pour arène, elle met aussi en lumière l’importance cruciale du principe d’indépendance des universitaires, garanti constitutionnellement en France, qui sert aussi  à l’émancipation.

Non seulement il était paradoxal qu’un militant discret ait été ainsi mis sous le feu des projecteurs mais cela l’était d’autant plus vu ses objets de recherche.
Notre historien a consacré en effet une bonne partie de sa carrière de chercheur et de professeur aux minorités (les Grecs, les Juifs, les Russes de Tunisie), au fait religieux et femmes (notamment leur éducation). Il développe une pensée de la complexité, par exemple eu égard à l’expérience coloniale qu’il ne rejette pas en bloc. Il travaille beaucoup sur le tourisme dans son pays (mais aussi dans l’ancien empire français plus largement) pour en raconter l’histoire, là aussi inscrite dans le passé colonial, et pour inciter à développer un tourisme qui ne se résume pas aux plages. Il n’hésite pas à se servir d’outils extrêmement variés : le juridico-politique avec une étude des traités italo-tunisiens ; des récits de voyageurs ;  des lettres. Un certain éclectisme, donc, à l’heure où la spécialisation nous étouffe.

Attentif aux différents types de patrimoines (écrit, oral, récits autobiographiques…), c’est un homme de la transmission. Sa maîtrise parfaite de deux langues au moins (il peut, comme beaucoup de ses collègues de La Manouba, faire cours à 8h en arabe et à 10 heures en français) le conduit naturellement vers les ponts et ce qui fait transmission. Ainsi a-t-il, avec des collègues français, et notamment nanterrois se trouvant dans cette salle, été à l’origine d’un projet remarquable : La caravane de la mémoire.
Le projet de ce séminaire itinérant,  est de travailler la question des mémoires et du patrimoine en Méditerranée méridionale, à partir de l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et le Liban. Le principe est que chaque organisateur, dans le pays qui accueille les étapes du séminaire, propose une thématique en rapport avec la question des mémoires et des passés, qui ait une résonnance particulière dans les recherches en cours. Il s’agit de permettre à des intervenants extérieurs, des autres pays partenaires, de pouvoir croiser les sujets et les situations, différentes selon les contextes historiques et sociaux propres à chaque pays.
Les maîtres mots de l’œuvre de Habib Kazdaghli sont donc le partage et l’identité plurielle. A mon sens, il incarne le rêve de l’universalisme : ni grec, ni juif, ni arménien, ni russe, ni femme , il s’intéresse de près, grâce aux outils de l’histoire,  à tous les membres et acteurs de la société.
Par conséquent, mon nouveau filleul du jour est un modèle. Je le félicite chaleureusement et je lui souhaite, malgré ses responsabilités de doyen, les incertitudes et pressions politiques, et les nombreux voyages que sa renommée lui vaut, de pouvoir continuer avec détermination et enthousiasme son activité de professeur et de chercheur. Puisse aussi cette visite ici être l’occasion d’échanges universitaires plus nourris, notamment d’étudiants et de professeurs, entre les deux rives de la Méditerranée, et plus précisément entre nos deux Universités qui apparemment ont beaucoup de points communs.

F. Bellivier
Professeur de droit privé
Co-directrice de l’UFR DSP


                     








[1] Georges Dillemann, « Les Docteurs honoris causa de l’Université René Descartes présentés par la faculté de pharmacie de Paris », Revue d’histoire de la pharmacie, 1991, volume 79, n° 290, p. 283 et s.

 
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